Comment mieux parler d’Europe ? – Regards croisés d’une élue et d’un journaliste

Dans le cadre des 12èmes Rendez-vous européens de Strasbourg, dont le thème général est « L’heure des choix », une table ronde a été organisée par l’ENA afin de faire débattre une élue locale Anne-Pernelle Richardot, Adjointe au Maire de Strasbourg avec le rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace Dominique Jung…

Pour combattre ce paradoxe que ceux qui parlent le plus d’Europe sont ceux qui en veulent le moins

Pour Anne-Pernelle Richardot, la perspective des prochaines élections européennes – qui intéressent déjà une majorité d’Européens (cf. la dernière enquête Parlemètre) – doit permettre de mieux parler d’Europe.

Plusieurs recommandations pragmatiques :

  • Poursuivre la politisation de la Commission européenne autour de la campagne entre les Spitzenkandidaten, ces têtes de liste qui se présentent pour prendre la présidence de la Commission européenne ;
  • Dépasser la communication ultra-institutionnelle du Parlement européen, à l’occasion des prochaines élections, afin de combattre le discours anti-européens des populistes
  • S’acclimater à la culture du débat politique au sein de l’UE fait de davantage de concertation et de conciliation ;
  • Sortir de l’indistinction entre les institutions européennes, en s’appuyant sur les parlementaires européens, qui représentent les citoyens pour s’adresser à eux ;
  • Fuir tout langage technocratique qui complexifie la compréhension de l’UE ;
  • Assumer à l’échelle nationale, les décisions collectives prises dans le cadre de l’UE ;
  • Parler d’Europe en simplifiant et en montrant les bénéfices ;
  • Dessiner un projet qui brise la coupure entre les « sachants » – ceux qui bénéficient de la construction européennes – et les autres qui se sentent menacés.

Quoiqu’il en soit, il faudra davantage qu’un redécoupage des circonscriptions européennes (les nouvelles Régions constituant la base idéale) et qu’un grand débat national ouvert, riche et divers tel que les conventions citoyennes européennes pour réconcilier les Français avec l’Europe.

Pour couvrir l’Europe, la hiérarchie de l’information n’est plus liée ni aux frontières, ni aux institutions

Pour le rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), les raisons de la faible présence de l’Europe dans les médias sont multiples :

  • L’Europe est mal aimée, la technicité de l’UE n’explique pas tout, c’est surtout le désamour pour les affaires européennes que nous n’aimons pas en tant que but en soi ;
  • L’Europe avec la chute du Mur de Berlin, la fin du pacte de Varsovie et les élargissements n’a plus d’ennemi, la perception de l’Europe a changé pour devenir le bouc-émissaire ;
  • L’Europe a fait les frais de la crise des migrants.

Résultats, les journalistes, qui ont beaucoup parlé d’Europe et en bien, notamment lors du référendum sur le projet de Constitution pour l’Europe, parlent aujourd’hui moins d’Europe. D’abord, ils ne sont plus autant prescripteurs. Ensuite, ils veulent éviter l’amalgame avec les « élites » qui soutiennent la mondialisation et le libéralisme. Enfin, ils doivent faire leur travail : remonter à contre-courant.

Du coup, comment les DNA couvrent-elles l’Europe ?

Au cœur de la capitale « citoyenne » de l’Europe, un journaliste suit en permanence depuis Strasbourg le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. Avec l’euro-district, l’Europe, c’est aussi un sujet d’aménagement du territoire et d’équipement en services publics.

Plutôt que de suivre l’actualité des institutions européennes avec un correspondant à Bruxelles, ce qui ne correspond pas aux attentes des lecteurs, le choix de la rédaction est de travailler sur la « transfrontalité » avec le soutien de deux correspondants à Berlin.

Les choix éditoriaux vont privilégier l’Europe de la vie quotidienne, de manière pragmatique, pour parler des affaires nationales allemandes, de l’utilité et de l’impact des politiques publiques européennes en France et en Allemagne auprès des citoyens.

De toute façon, mieux parler d’Europe ne peut passer que par une meilleure maîtrise des langues du voisin. La priorité pour être pragmatique et efficace serait d’imposer le trilinguisme dans l’Education nationale.

Au total, les regards croisés d’une élue et d’un journaliste montrent que pour mieux parler d’Europe, il faut décentrer la focale sur Bruxelles, pour se concentrer sur les citoyens.

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