10 propositions pour la future stratégie de communication de l’UE

Réflexion sans doute la plus importante en matière de communication de tout le mandat de la Commission Juncker, le rapport de Luc Van den Brande, Conseiller spécial chargé de la proximité avec les citoyens auprès du président de la Commission européenne, sur les moyens de resserrer les liens entre l’Union européenne et ses citoyens pourrait constituer la feuille de route de la DG COMM s’il n’est pas déjà trop tard…

1. Élaborer une stratégie globale afin d’améliorer la coordination entre les institutions de l’UE et les États membres lorsqu’ils communiquent sur les questions européennes

Encore inexistante aujourd’hui, cette stratégie globale de communication apparaît comme la priorité numéro un. L’auteur précise à juste titre que « coordination » n’est pas synonyme de « centralisation ».

Cette stratégie doit donc se traduire par un accord de coopération fonctionnelle entre toutes les institutions européennes, afin de favoriser non seulement le réseautage interinstitutionnel, mais aussi de prévoir une obligation d’échange spontané de toutes les informations, et de mutualiser les efforts de dialogue et de communication avec les citoyens.

2. Donner un nouvel élan au projet d’intégration européenne concernant les valeurs et les aspirations politiques

Certes, les processus décisionnels sont importants (et indispensables) pour le sérail, mais le grand public attend qu’on lui présente de façon claire le contexte des décisions, une vision et des résultats concrets.

Là encore, l’auteur du rapport est extrêmement clair et livre un véritable camouflet à la Commission « de la dernière chance » : « une Commission plus politique doit mieux expliquer ses choix et les objectifs de ses décisions ».

3. Les institutions de l’UE devraient convenir collectivement des moyens de susciter la créativité et l’émotion lorsqu’elles communiquent avec les citoyens, tout en se concentrant sur le fond, en exprimant les choses simplement et en se rapprochant le plus possible de leurs préoccupations quotidiennes

Plusieurs propositions viennent donner corps à cette idée, comme par exemples :

  • Mettre sur pied une campagne globale de communication à destination des citoyens, qui mette en lumière les moyens existants dont ceux-ci disposent pour faire entendre leur voix sur les affaires européennes, encourage leur participation aux consultations publiques sur l’UE et utilise pleinement les médias sociaux pour renforcer la participation des jeunes.
  • Lancer une initiative «Buses4Peace» destinée aux écoles, dans le but d’améliorer la connaissance de l’histoire des guerres et de la paix en Europe, étudier l’incidence de l’héritage culturel de la guerre dans l’Europe contemporaine, et examiner de nouvelles méthodes pour promouvoir la connaissance de cet héritage.
  • Sur la base de l’expérience Erasmus +, promouvoir de nouveaux programmes visant à faciliter les échanges et les réseaux avec d’autres groupes socio-économiques, et élaborer des programmes similaires pour les responsables politiques locaux.
  • Créer une fondation européenne, soutenue par l’UE, ses États membres, des entreprises et des particuliers, afin de favoriser une meilleure compréhension entre l’UE et ses citoyens, d’encourager les échanges et d’organiser des concours, des débats et des colloques entre jeunes.
  • Promouvoir un programme d’études européen défini dans les grandes lignes pour tous les niveaux d’éducation, à partir de l’école primaire.

4. Expliquer clairement le coût d’une « Europe désunie » et l’importance de la stabilité politique

Mettre en évidence la diversité des identités et des cultures des citoyens de l’UE, en respectant et en utilisant leurs langues respectives.

5. Encourager le débat public et le véritable dialogue sur les sujets européens

Les citoyens doivent « s’approprier » le projet européen — leur projet — et se sentir libres de participer activement au processus d’élaboration des politiques.

Des dialogues de nouvelle génération avec les citoyens doivent être lancés, auxquels participeront des personnalités du monde culturel, artistique et sportif pour créer un sentiment commun d’appartenance.

Élaborer de nouveaux modes de démocratie participative, fondés sur les expériences de plateforme d’innovation démocratique et le concept de « démocratie délibérative » afin de débattre des questions sociétales essentielles, et de leur permettre d’élaborer des propositions qui pourront être amenées dans la sphère publique et soumises aux pouvoirs publics européens.

6. Être en permanence plus proactif et moins défensif, et rester ouvert aux critiques

Cela passe par une communication sur les médias sociaux plus ambitieuse, qui investissent pleinement dans une « communication en réseau » là où sont les citoyens.

Mener des actions de communication plus proactives afin d’encourager la participation des citoyens aux consultations publiques. Saisir pleinement les possibilités offertes par les médias sociaux pour soutenir la démocratie numérique, tout en limitant de manière drastique la communication sur support imprimé.

Compléter la communication descendante par une communication ascendante et décentralisée, en accordant une priorité maximale à l’interaction et la cocréation, et en reconnaissant que l’Europe passe par le dialogue et pas uniquement par la diffusion d’informations factuelles.

7. Établir une nouvelle stratégie médiatique et mettre en œuvre de nouvelles méthodes de collaboration avec les médias, en respectant pleinement leur autonomie

Ni la télévision ni les médias sociaux ne peuvent, à eux seuls, renverser la perte de popularité de l’UE, qui ne peut qu’en partie être expliquée par un manque d’information.

La communication de l’UE auprès des médias et sur les médias sociaux doit favoriser les débats approfondis sur les questions européennes et garantir que la position de l’UE soit entendue.

Travailler avec les médias afin d’éviter que les sujets liés à l’UE ne soient couverts que par des pages spécialisées, au lieu d’être traités comme les sujets nationaux ou régionaux. Cela passera donc aussi par la réorganisation du service de porte-parole.

Lancer un programme européen de formation pour les journalistes régionaux et locaux.

9. Rationaliser et simplifier les actions de communication des réseaux créés par l’Union

Il s’agit d’un chantier ingrat mais potentiellement très utile pour mutualiser les efforts de communication des institutions européennes – aujourd’hui très éparses – à destination des territoires.

10. Mieux communiquer auprès des jeunes

Se concentrer sur la communication avec les jeunes pour qu’ils comprennent mieux les questions européennes. Expliquer le contexte historique dans lequel le projet Européen a été lancé. Leur faire prendre davantage conscience du fait que le passé fait partie de leur avenir.

Établir une communication intergénérationnelle plus efficace et encourager les anciens étudiants Erasmus et les autres étudiants à parler des affaires européennes.

Au total, le défi et l’opportunité est de donner voix au chapitre aux citoyens de l’UE, en faisant d’eux des acteurs investis d’une mission commune. La feuille de route est enfin tracée.

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