Vous n’avez pas vu passer les 100 jours de la Commission Juncker, est-ce normal ?

Avec le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, en matière de communication, comme pour le reste d’ailleurs, on allait voir ce qu’on allait voir. Justement, 100 jours après, où en sommes-nous ?

La nouvelle stratégie de communication sous Juncker : les Commissaires sont « les visages publics, les avocats et les meilleurs «porte-parole» des politiques de l’institution »

Avec Jean-Claude Juncker, la nouvelle stratégie de communication de la Commission européenne a été très clairement annoncée, comme le résume la Fondation Schuman dans la note sur le « retour du politique » :

« Lors de la conférence de presse de présentation de la répartition des postes, Jean-Claude Juncker a souligné qu’il souhaitait que les commissaires (…) doivent incarner la politique de la Commission auprès des opinions publiques et rapprocher l’Europe des citoyens. L’objectif est de rationnaliser la communication et de parler d’une seule voix. C’est là aussi un des facteurs qui rendront la perception de la Commission plus politique. Les Commissaires ont pour mission de reprendre en main une communication devenue trop institutionnalisée et peu efficace. »

Cet effet d’annonce sur la « politisation » de la communication de la Commission européenne est confirmé par une « communication du président à la Commission relative aux méthodes de travail de la Commission » publiée le 11 novembre dernier. Deux principes sont posés par Jean-Claude Juncker :

  • La communication ne peut réussir que si la Commission parle d’une seule voix.
  • La communication doit être orientée vers les priorités politiques et stratégiques de la Commission.

Deux conditions du succès dans les médias et la perception du public sont également formulés :

  • La capacité des Commissaires à communiquer de façon convaincante sur un grand nombre de questions dans tous les États membres
  • La capacité de l’équipe de contribuer positivement à la réalisation des objectifs clés et des priorités de la Commission.

100 jours après, la communication des Commissaires est-elle à la hauteur ? Évidemment, tout jugement définitif et général serait prématuré, partiel et partial. Néanmoins, plusieurs impressions se conjuguent pour dessiner un tableau d’ensemble :

  • Juncker est parti en sprint et depuis perd de la vitesse : Il semble s’être consacré en priorité – en exclusivité ? – à son plan d’investissement, délaissant semble-t-il d’autres dossiers, en particulier les #LuxLeaks, qui n’ont pas été bien gérés ;
  • Timmermans, son premier Vice-président est plus dans la course de fond… mais avec des sauts d’obstacles : Pour l’essentiel, il assure le job, et communique abondamment, mais avec quelques hoquets autour de l’abandon d’initiatives environnementales (qualité de l’air, économie circulaire ou déchets) dans le programme de travail annuel de la Commission européenne ou de timidité dans la lutte contre le terrorisme. « Pour réussir là où les autres ont échoué », Cécile Ducourtieux  dans Le Monde estime que « Timmermans espère un changement de culture. En finir, à la Commission, avec le « je légifère donc j’existe ». Opérer des choix politiques, tranchés, assumés, expliqués. Au risque de s’attirer les foudres des lobbies, des eurodéputés, voire des Etats… »
  • Mogherini, la Haute-représentante aligne les chiffres dans une infographie sur ses 100 jours qui impressionne : déjà 93 bilatérals au compteur et 15 visites dans l’UE ou à l’étranger.

Au total, le jugement est à la hauteur des espérances, il est d’autant plus sévère que l’on plaçait de fortes attentes, selon la conclusion de Nicolas Gros-Verheyde dans « 100 jours après, c’est pas folichon » :

« En toile de fond, une faible propension à révolutionner la politique et avancer des idées un peu fraiches et nouvelles, pour revigorer le débat, et des propositions précises et charpentées, pour alimenter la dynamique européenne font qu’aujourd’hui, l’enthousiasme réel ressenti à Bruxelles à l’arrivée de la nouvelle équipe, s’est vite étiolé. L’équipe Juncker ne devrait pas recevoir mieux qu’un bulletin « à peine passable » pour ses premiers cent jours. Avec la mention « bon début, mais s’est relâché ». Et ce n’est pas seulement « peut mieux faire » mais « doit mieux faire » qui devrait être indiqué… »

Si la communication de la Commission européenne autour des 100 premiers jours du collège Juncker n’imprime pas, c’est parce que les Commissaires, qui se sont vus confier le rôle de « porte-parole » sont très inégalement visibles et audibles.

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