Les Français et l’Europe : état des lieux de l’opinion publique française en 2011

Dans un sondage Ifop réalisé en septembre 2011, l’opinion publique française est auscultée en matière européenne. Quels sont les principaux résultats de l’analyse ?

RAPPORT DES FRANÇAIS A L’EUROPE : ATTACHEMENT ET BÉNÉFICE MAJORITAIRES

Attachement européen des Français timidement majoritaire

Avec à peine plus d’une personne interrogée sur deux attachée à la « construction européenne » – dont 19% très attachée vs 19% pas du tout attachée – le sentiment d’attachement des Français à la construction européenne apparaît relativement limité.

Par ailleurs, le cœur des Français les plus attachés à la construction européenne demeure clivé à une population plutôt, âgée, aisée et diplômée « principalement dans les rangs des couches les plus âgées (61% chez les personnes âgées de 65 ans et plus), les plus aisées (67% des CSP+) et les plus diplômées de la population (73% des titulaires d’un diplôme supérieur à BAC + 2) ».

Bénéfice de l’appartenance de la France à l’UE majoritairement positif (66%) pour les Français

Pour autant, selon l’analyse du sondage, « en dépit de la prégnance dans le champ politico-médiatique de discours stigmatisant l’Europe, les deux tiers des Français (66%) considèrent que la France a bénéficié de son appartenance à l’Union européenne, soit une proportion inégalée depuis le référendum constitutionnel de 2005 ».

Par ailleurs, « sur ce point un consensus des sympathisants des partis de gouvernement plus enclins que la moyenne à percevoir des bénéfices pour la France de son appartenance à l’Union (UMP 72% et PS 69%) ».

L’EUROPE DANS LE MONDE : SOUTIEN CONSENSUEL

Sur l’impact de l’appartenance à l’UE sur la puissance de la France dans les relations internationales, 59% estiment que l’UE rend la France plus puissante dans les relations internationales.

Les Français disposés à confier « les politiques du global » à l’échelle européenne mais désireux de conserver « les politiques du quotidien » à l’échelle nationale

Près des deux tiers des personnes interrogées (64%) considèrent que les décisions doivent être prises à la majorité des États membres, soit une hausse de 10 points en huit ans – une position qui fait consensus dans l’ensemble des catégories de la population.

Sur de grandes problématiques globales d’avenir, les Français se montrent favorables à l’idée que l’UE prenne les décisions :

  • questions de défense (66%),
  • politique étrangère (61%),
  • règles en matière d’immigration (58%),
  • politique économique et industrielle (54%).

En revanche, pour des domaines qui concernent directement leur quotidien, qui conditionnent leur niveau de vie ou nourrissent leurs craintes, les Français restent attachés au principe de souveraineté nationale :

  • fiscalité (52%),
  • problèmes de sécurité (56%).

L’EUROPE FACE A LA CRISE : SOUTIEN DES INSTITUTIONS, REJET DES ACTIONS

Quoique les Français semblent majoritairement favorables au renforcement des pouvoirs des institutions européennes, l’action de l’Europe est jugé globalement très négatifs.

Jugement sur les institutions européennes majoritairement favorables à un renforcement de leurs pouvoirs

La majorité des Français appellent de leurs vœux un renforcement des pouvoirs des différentes institutions européennes : Banque centrale européenne (61%), Commission européenne (65%), Parlement européen (69%), et Cour de justice de l’UE (76%).

Jugements de l’action de l’Europe face à la crise plutôt négatifs

Quand il s’agit de l’action de l’Europe face à la crise, les jugements sont plutôt fortement négatifs :

  • 79% estime que l’action de l’Union européenne face à la crise n’est pas efficace ;
  • 68% juge que les intérêts nationaux l’ont emporté sur la cohésion européenne tandis que 31% considère que l’Europe a été suffisamment soudée et a su réagir collectivement.

AVENIR DE L’EUROPE : FRACTURES SOCIODEMOGRAPHIQUES

Qu’il s’agisse du modèle pour l’Europe (fédérale / supranationale / confédérale) ou de la question de l’entrée de la Turquie dans l’Europe, les lignes de fracture se situent sur un plan sociodémographiques.

Perceptions « bloc contre bloc » quant au modèle de l’Europe

Une majorité de Français préfère encore le modèle d’une Europe des nations préservant la souveraineté des États (59%) à celui d’une Europe fédérale (40%) ou l’idée de jeter les bases d’un État supranational à l’instar des États-Unis (40%).

Cet attachement à l’idée d’une Europe des nations est particulièrement fort dans les catégories les moins aisées et les moins diplômées de la population et inversement.

Jugements « jeunes vs seniors » quant à l’entrée de la Turquie en Europe

Sur la question de l’adhésion à l’entrée de la Turquie dans l’UE, 68% sont opposés dont 74% chez les plus de 65 ans tandis que 31% y sont favorables, dont 46% chez les moins de 25 ans.

Ainsi, les Français face à l’Europe ont une vision contrastée tant en raison d’un soutien plutôt acquis lorsqu’il s’agit de la place de l’Europe dans le monde et plutôt sceptique quant à l’action de l’Europe face à la crise. Mais surtout, en raison d’une fracture sociodémographique forte, visible au niveau de l’attachement à la construction européenne et particulièrement lorsqu’il s’agit du modèle pour l’avenir de l’Europe.

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