Les journalistes sont-ils encore le seul public de l’UE ?

Non, il ne s’agit pas ici d’annoncer que les citoyens européens seraient devenus le public tant fantasmé de l’UE ; mais plutôt de rebondir, à l’heure de l’euro-blogo-sphère, sur un article publié par Olivier Baisnée en 2000 « les journalistes, seul public de l’Union européenne ? »…

Les journalistes accrédités, le seul public de l’Union européenne ?

« Premier public de l’Union européenne, le corps de presse accrédité en serait aussi le seul. »

D’abord, les journalistes accrédités à Bruxelles seraient le seul public de l’UE dans la mesure où, selon Olivier Baisnée, « socialisé(s) au système politique et institutionnel de l’Union, (ils) l’envisage(nt) comme tel : vivant à son contact immédiat et permanent, ils finissent par en connaître intimement les processus, le personnel politique, les lieux et les enjeux ».

« Une fois assimilée la grammaire du fonctionnement de ces institutions, (les journalistes accrédités) sont à même de comprendre les enjeux, de repérer les acteurs et les problèmes qui entourent une décision, et de l’interpréter ».

Au bout de quelques d’années, ces journalistes sont de fait membres d’un microcosme qui englobe tous ceux dont la profession est liée aux activités de l’Europe (fonctionnaires, hommes politiques et représentants des groupes d’intérêt).

Ainsi, les journalistes accrédités sont probablement un peu des eurocrates, comme le craignait récemment un jeune pigiste à Bruxelles, Jean-Sébastien Lefebvre : « Journalistes européens : sommes-nous des eurocrates ? ».

Ensuite, selon Olivier Baisnée, « ce huis clos social et intellectuel se trouve encore renforcé du fait de la véritable prise en charge des journalistes par la Commission européenne, notamment lors de la « grand-messe de midi » que représente le rendez-vous quotidien avec le service du porte-parole.

« Englués dans ce flot (d’innombrables documents distribués lors du briefing), les journalistes ne peuvent guère prendre du recul, mener des investigations, s’intéresser à autre chose qu’à l’ordre du jour proposé. D’autant plus qu’il s’agit souvent de dossiers assez techniques. »

Ainsi, la Commission européenne tente de contrôler l’agenda médiatique la concernant en encombrant l’espace et le temps des correspondants de presse.

Enfin, les journalistes accrédités auprès des institutions européennes sont également des interprètes indispensables dans la mesure où ils sont l’une sinon l’unique source d’information et de représentation de l’UE dans la conscience de ses habitants.

Les euro-blogeurs accrédités, un nouveau public de l’Union européenne ?

Avec l’accréditation inédite d’euro-blogeurs pour des réunions du Conseil de l’UE – que l’on ne pourrait que souhaiter pour ce briefing quotidien du service du porte-parole de la Commission européenne – les euro-blogeurs rejoindraient le club du « seul public de l’UE ».

D’une part, les euro-bloggeurs constateraient, comme l’analyse Olivier Baisnée, que l’information la plus intéressante dans les points presse vient non pas de ce qui est dit par les porte-parole mais des questions posées par les journalistes. « Des questions qui mettent en évidence les problèmes que les différentes décisions poseront dans les Etats-membres ».

« Les réactions de la salle de presse laissent transparaître finalement toutes les préoccupations nationales et donnent une idée de ce que pourrait être, si elle existait, une opinion publique européenne replaçant les enjeux dans les contextes nationaux et rendant visibles aux autres partenaires les problèmes spécifiques à chaque État. »

Ainsi, les euro-blogeurs accrédités pourraient expérimenter que le principal intérêt des points presse est la projection des différents éclairages nationaux sur les décisions annoncées par les institutions européennes.

D’autre part, les euro-blogeurs accrédités, à l’instar des journalistes accrédités, constateraient que l’absence ou la rareté du sensationnel – « il n’existe guère de scoops au niveau communautaire qui soient considérés comme tels par les rédactions nationales » – apaise les rapports et renforce le peu de concurrence.

« Peu touchés par la compétition, les journalistes sont ainsi plus à même de développer des pratiques de collaboration, de partage d’information, voire de travail, lorsque plusieurs événements ont lieu en même temps. »

Ainsi, autre leçon pour les euro-blogeurs, l’accréditation renforcerait l’esprit de collaboration et de partage, déjà fort au sein de leur communauté.

Principales conclusions pour les accrédités (journalistes ou blogeurs)

Des pratiques plus critiques vis-à-vis des institutions feront converger les accrédités qui refusent de se laisser enfermer dans l’expertise et privilégient une définition de leur mission plus proche de celle de l’investigation :

  • entretien d’un rapport plus distant à la source d’information institutionnelle ;
  • plus largement, attitude à l’égard de la parole des institutions européennes plus distanciée.

Par ailleurs, les accrédités restent d’abord et avant tout des citoyens d’un Etat national chargés pour les journalistes ou désireux pour les blogeurs de rendre compte de l’UE à des publics ancrés dans des réalités politiques, sociales et historiques distinctes.

Ainsi, la couverture européenne dans les médias ou dans les blogs reste soumise à des contingences nationales et éditoriales (orientations politiques ou spécialités thématiques) spécifiques.

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Une réponse à Les journalistes sont-ils encore le seul public de l’UE ?

  1. Ron dit :

    Je vais donner un example de mon experience personnelle la semaine précédente:

    En préparation pour le « pilot project » des blogueur accredités j’ai écris cet article qui n’a aucune référance dans des intérêts nationaux:
    http://polscieu.ideasoneurope.eu/2011/03/08/where-is-the-flagship-in-the-european-innovation-union-flagship-initiative/

    Pour les recherches j’ai utilisé des documents publiquea que j’ai cherché et analysé moi-même, inclue des comparaisons de différentes versions des conclusions. Dans mon analyse, je me suis concentré que sur les aspects qui m’intéressaient sans avoir eu influencé par quelqu’un dans les institutions.

    Ces préparations étaient déjà publique (en forme de l’article dans mon blog) pour tout le monde le jour avant, mais comme j’avais la possibilité de demander une question pendent la conférence de presse du Conseil à la commissaire résponsable, j’ai utilisé cet occasion pour poser une question que je ne pouvais pas repondre en tant que blogueur par la lecture des documents publiques. Ici ma question et la réponse de la commissaire:
    http://tvnewsroom.consilium.europa.eu/story/index/vocabulary_id/events/term_id/226/story_id/16178/media_id/38609

    Après avoir posé ma question j’ai blogué mon impression de la réponse directement dans le live-blog (voir 15h03):
    http://www.bloggingportal.eu/blog/live-blogging-eu-competitiveness-council-9-10-march-2011/

    L’article dans mon blog aurait fonctionné avec ou sans accréditation, sans ou avec la question posée, mais comme j’avait cet accès je pouvais ajouté un dernier élement à mes recherches. Cette possibilité, si bien utilisé par des blogueur accrédités (par example des spécialistes dans certains domaines politiques), pourrait faire la diférence entre des articles techniques, écrits pour une audience spécifique, et des articles qui seraient lus par plus de personnes parce qu’ils offre une vraie interaction, parce qu’ils sont plus vivants que des analyses de documents.

    Un blogueur dans la salle de presse pourrait aussi utilisé des préparations faites par d’autres blogueur pour poser une question et après ajouter les réponses dans les commentaires des blogs autre blogs (ou sur son propre blog). Un blogueur accredité pourrait plus généralement chercher des réponses à des questions posées par un publique qui n’est pas accredité.

    Encore un example du live-blogging: J’étais dans la conférence de presse du ministre dés affaires étrangers de la Hongrie et j’avais demandé sur Twitter s’il y avaient des question à poser. J’ai récu ça: http://twitter.com/Malisoko/status/45838082087464960 et si un journaliste n’aurait pas posé la question, je l’aurais fait. J’ai live-tweeté les réponses de la conférence de presse qui n’était pas transmis:
    http://twitter.com/ronpatz/status/45847445657227264
    http://twitter.com/ronpatz/status/45848252796510209

    Après, j’ai mis le video de la conférence de presse en ligne pour que tout le monde pourrait voir la question et la réponse:
    http://vimeo.com/20877779

    Donc, je pense qu’il y ait beaucoup de possibilités d’augmenter l’attention du publique pour ce que se passe dans les institutions sans que ceux qui sont accredités deviennent une partie d’une symbiose traditionnelle, surtout si des blogueur resteraient en contact direct avec un publique plus large en ligne, un publique qui serait le corrective que pourrait (ou devrait) empêché que ces nouvaux acteurs deviennent trop partie du système.

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