Alerte sur le nombre de correspondants de presse à Bruxelles

Selon l’Association de la presse internationale, « pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle d’ ”Europe” le nombre de correspondants à Bruxelles est en régression »…

Les faits : une chute de 73% en 5 ans des accréditations de journalistes auprès de la Commission européenne

Alors qu’ils étaient 1 300 en 2005, le nombre de journalistes accrédités n’a cessé de se réduire à « 847 journalistes et 237 techniciens du secteur audiovisuel au 2 février 2010 contre 1 006 et 320 l’année dernière ».

Un nombre toujours réduit de journalistes couvrent une Europe toujours plus importante (compétences fortement élargies avec le traité de Lisbonne) et pléthorique (38 000 fonctionnaires à la Commission européenne et 15.000 lobbyistes présents à Bruxelles).

À titre d’exemple, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ne disposent plus ensemble que de trois ou quatre correspondants pour desservir tous leurs médias nationaux. La France compte 56 journalistes accrédités à Bruxelles, contre 132 pour l’Allemagne, 98 pour la Grande-Bretagne et 63 pour l’Espagne et l’Italie.

Ironie de la dépêche AFP reprise sur France 24 : « la reconduction du Portugais José Manuel Barroso pour un second mandat de cinq ans a été « saluée » par le départ de près de 200 journalistes ».

Les accusés : le manque d’ambition de l’exécutif européen et ses méthodes de communication

Première raison du reflux, la faiblesse des projets de l’exécutif bruxellois : « La Commission produit de moins en moins de propositions de loi contraignantes (pour les Etats membres). La dernière est le plan de lutte pour le climat », souligne l’Italien Lorenzo Consoli, président de l’API.

Seconde raison, une politique de communication reposant sur le postulat de la transparence de l’information contrôlée par l’UE sur Internet qui « court-circuite » les journalistes et méconnaît le rôle démocratique revendiqué par la presse de déterminer ce qui est important pour les citoyens.

Les pratiques de relations presse de la Commission européenne sont perçues sinon comme « agressive », du moins comme maladroite :

  • la fourniture gratuite de photos et interviews assurées par des agents intérieurs ;
  • presque tous les briefings et toutes les conférences de presse peuvent être suivies sur Internet ;
  • le service du porte-parole été « verrouillé » avec une volonté d’éviter les commentaires internes ;
  • les représentations de la Commission à l’étranger organisent leurs propres conférences de presse.

Ainsi, certains médias nationaux ne manquent pas d’estimer que l’actualité de “Bruxelles” peut tout aussi bien être suivie de l’étranger, puisque l’UE semble ignorer l’importance des contacts directs et refuser l’acquis d’expérience liée à la pleine connaissance et compréhension de la machine bruxelloise.

Les solutions : valoriser la présence des journalistes à Bruxelles avec un statut spécifique pour les correspondants de presse permanents auprès des Institutions de l’Union européenne

Afin de valoriser la présence des journalistes à Bruxelles, « le cas échéant même par une discrimination de la presse non accréditée », l’API préconise la création d’un statut de « correspondants UE » avec l’octroi d’une carte permanente et unique pour toutes les institutions y compris pour les Conseils Européens formels et informels et les conférences organisées par les présidences tournantes successives.

Par ailleurs, plusieurs pratiques de RP pourraient être améliorées, via :

  • un site internet spécial et plus riche avec accès limité ;
  • un recours à l’embargo avec des délais d’une ou de deux heures avant publication ;
  • plus d’échanges avec les Commissaires en cercle restreint.

Ainsi, la situation de la couverture médiatique de l’UE est préoccupante avec ce déclin des journalistes accrédités qu’un statut de correspondants UE pourrait éventuellement ranimer. Au-delà, il s’agit surtout de changer les pratiques des institutions européennes, aujourd’hui peu disposées à accorder de l’importance à la presse.

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2 réponses à Alerte sur le nombre de correspondants de presse à Bruxelles

  1. Europa451 dit :

    Très bon article de fond. Mais est-ce vraiment si grave cette chute ?
    Car quand on regarde les chiffres entre 2004 et 2010, la présence des Etats membres n’a pas bougé. Conclusion ? Cette chute ne serait plus ou moins qu’une normalisation de la présence de l’Europe Centrale/Est, très enthousiaste en 2005 avec l’élargissement.
    Ce qui est plus triste, c’est de penser que peu importe la bonne volonté d’origine, l’information UE finit toujours à la trappe.

  2. Michael dit :

    Merci pour votre commentaire. Votre réaction, ainsi que celle de Jean Quatremer et de Charlemagne (The Economist) m’ont donné envie de croiser vos regards (cf. billet du 16/03). Je suis frappé par votre convergence de vue à dénoncer la communication de l’UE, est-ce irrémédiable ?

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