Faut-il se réjouir ou avoir peur de l’hyper-visibilité de la communication politique européenne ?

Parce que l’indifférence aujourd’hui est la première cause de mortalité, qu’il s’agisse d’un titre de presse déserté par ses lecteurs, d’un homme politique abandonné par ses électeurs… ou à terme du projet européen, frappé par le désintérêt des citoyens, l’hyper-visibilité de la communication politique semble dominer à l’échelle nationale. Cette pratique tente de lutter contre cette indifférence par une accélération des flux d’infos afin de s’inscrire dans le champ de l’attention quotidienne. Que faut-il penser de son émergence à l’échelle européenne ?

Héritée des années Reagan pendant lesquelles Mike Deaver conceptualise la logique : «il faut faire la météo», l’hyper-visibilité de la communication politique vise à rompre avec la situation de proie qui frappe les politiques face à une presse qui « mène la danse » en accélérant le rythme d’exposition des politiques, ces derniers obligeant ainsi la presse à « venir sur leur terrain ».

Transposée à la réalité européenne – rarement traitée par les médias – les politiques tentent de multiplier les occasions de percer dans les médias :

  • Au-delà de la couverture médiatique ponctuelle à l’occasion des réunions pluriannuelles du Conseil européen rassemblant les chefs d’Etat et de gouvernement, la création d’une présidence stable représentant leurs intérêts peut être interprétée comme une volonté d’obtenir une couverture médiatique élargie.
  • Au-delà de la couverture ponctuelle à l’occasion des élections européennes tous les 5 ans, les auditions par les groupes politiques du candidat à la présidence de la Commission européenne ou les petites phrases peuvent être interprétées comme une volonté d’obtenir un traitement régulier, c’est-à-dire équivalent à celui des parlements nationaux et en même temps plus fréquent.

Cette tendance émergente à l’hyper-visibilité de la communication politique – aussi séduisante qu’elle puisse paraître dans la mesure où elle permet de re-politiser des débats et d’éviter ce que justement Luuk van Middelaar dénonce comme « L’Europe (qui) fait bailler » – risque néanmoins de se réaliser au détriment de la communication publique européenne, visant à favoriser la compréhension de la construction européenne. Il convient de veiller à ne pas oublier qu’avant de « polémiquer entre soi », il s’agit d’inviter le plus grand nombre à comprendre les termes du débat.

Le risque sinon, c’est de décrédibiliser toute prise de parole sur l’Europe, au point comme le dit justement un jeune étudiant de Sciences-po Strasbourg cité par Jean Quatermer sur Twitter : « parler d’Europe, c’est (compris comme) vouloir « vendre l’Europe ». ».

2 réflexions sur « Faut-il se réjouir ou avoir peur de l’hyper-visibilité de la communication politique européenne ? »

  1. Julien

    La situation actuelle est loin de s’approcher à une hyper-visibilité.

    Au contraire, dans le système actuel le manque de visibilité et de transparence des procès de décision n’avantage que des intérêts particulier et une diplomatie administrative qui est incontrôlable – donc qui manque de contrôle démocratique.

    Sans ce contrôle d’une complexité déjà beaucoup plus élevée qu’au niveau national, on risque de perdre la crédibilité de l’intégration qui a quand même aider à rendre notre continent une des régions les plus paisibles de la planète.

    Donc, il faut beaucoup plus de médiatisation de la politique européenne, et le chemin à une hyper-visibilité est si loin que j’en vois le plus petit des risques actuels pour le système politique de l’UE.

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  2. Michaël

    Merci Julien pour ces remarques qui me permettent de préciser ma pensée.

    Naturellement, je partage votre point de vue sur le déficit de médiatisation de la politique européenne (voir mon billet du 15 avril dernier : « En quoi l’UE souffre d’un déficit de médiatisation ? »).

    Mon interrogation porte sur la convergence récente des stratégies de communication des responsables politiques européens vers une forme émergente d’hyper-visibilité, considérée comme une valorisation parfois enflée de leurs personnalités et une accélération parfois incontrôlée de leurs prises de parole.

    Je crains que cette forme émergente de communication politique européenne – largement pratiquée par les hommes politiques à l’échelle nationale – risque à terme – indépendamment de son succès, pour le moment extrêmement limité, puisque la couverture médiatique est faible voire nulle – de décrédibiliser toute prise de parole sur l’Europe.

    Il s’agit, peut-être, de ma part – face à l’immense tâche de pédagogie sur la construction européenne auprès des citoyens – d’une appréhension trop préventive portant davantage sur une intention et non sur une réalité.

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