Lecture : « L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne » – Éric Dacheux

Au-delà d’une réflexion – peu explorée malgré la pléthore des documents techniques, juridiques ou historiques sur la construction européenne – sur la communication entre les instances européennes et les citoyens de l’UE, Eric Dacheux, chercheur au laboratoire du CNRS  » Communication et Politique  » s’interroge sur l’avenir – en danger – de la démocratie européenne, en raison notamment de l’absence d’une utopie européenne inédite…

1. La notion de la communication politique européenne

La notion ambivalente et complexe de communication politique européenne repose sur l’équilibre entre idéologie et utopie, intégration politique et critique politique, afin de garantir un équilibre démocratique.

« La communication politique est un art difficile, un exercice démocratique obligé qui mélange raisonnement et séduction, persuasion et information, dialogue et conflit. À l’échelle de l’Union, cet art difficile devient un défi quotidien : comment faire vivre un débat européen lorsque les citoyens continuent de penser dans un cadre national, lorsque le système institutionnel européen est illisible et lorsque le grand public ne sait plus, aujourd’hui, quel est pour le XXIe siècle, le projet européen ? » (p. 34).

2. Les problèmes structurels de la communication institutionnelle européenne

Toute tentative de communication pan-européenne se trouve d’entrée compromise à cause de :

  • l’ampleur et la complexité de la tâche ;
  • la diversité linguistique au sein de l’Union ;
  • l’absence d’une politique de communication cohérente de la part des institutions européennes (ce qui tend à être corrigé) ;
  • l’insuffisance des moyens humains et financiers dont disposent ces dernières ;
  • la croissance exponentielle des informations techniques ;
  • l’absence d’un média de masse généraliste pan-européen (ce que les institutions européennes tendent de corriger par des réseaux de média européen).

Un panorama quasi exhaustif des outils de communication utilisés par les instances européennes depuis les années 50 jusqu’à nos jours conduit à la conclusion que « la gamme d’outils de communication utilisée par l’Union européenne est large et comparable à celle des États-membres. Mais, la communication, et plus particulièrement la communication politique, ne se réduit pas à l’utilisation plus ou moins adroite d’instruments plus ou moins performants. » (p. 50).

3. Les erreurs stratégiques commises par les instances européennes sur le plan de la communication

La tactique de l’inéluctable consistant à présenter la construction européenne comme la seule possibilité des peuples de l’Europe, l’aboutissement inévitable d’un cheminement continu vers une Europe unie et indivisible engendre deux risques :

« D’une part, elle tend à décourager de véritables affrontements politiques de taille européenne qui pourraient structurer un espace public aux dimensions de l’Union. Pourquoi débattre s’il n’y a qu’une Europe possible ?

D’autre part, elle accentue le désintéressement des citoyens vis-à-vis de la vie politique en général et vis-à-vis de la politique européenne en particulier. Si la politique consiste à mettre en œuvre l’inéluctable, pourquoi faire de la politique ? » (p. 56).

Les conséquences néfastes de cette conception figée de l’Europe se voient amplifiées en raison d’une deuxième erreur stratégique, liée à la survalorisation du pouvoir symbolique des médias de masse, appréhendés à tort comme des moyens capables de :

  • créer un espace communicationnel pan-européen ;
  • contribuer à la connaissance et la compréhension entre les peuples ;
  • promouvoir la formation d’une conscience européenne.

4. La crise de légitimité de l’Union européenne

Cette crise est d’abord sur un plan symbolique, en raison de l’absence d’un espace public européen, espace symbolique propre à l’Union permettant de :

  • légitimer des actions publiques ;
  • donner une visibilité aux débats européens ;
  • fonder une identité collective transnationale.

Cette crise est également de nature idéologique, liée au déficit identitaire qui caractérise l’Europe aujourd’hui. Finalement, qu’est-ce que l’Union européenne et quelles sont les raisons qui stimulent et donnent sens à sa construction ? :

  • Si la construction européenne est une communauté politique européenne, alors l’Europe ne peut s’offrir le luxe de perdre le pari démocratique.
  • Si l’Union européenne est un processus inédit dans l’histoire de l’humanité, alors sa politique de communication doit être tout aussi inédite.

Source : questions de communication, 2005, n°7

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